Il Blog di Enzo Bianchi

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​Fondatore della comunità di Bose

Abba Jean Colobos disait: "Persévère dans l'obéissance"

02/01/2009 00:00

ENZO BIANCHI

Riviste 2009,

Abba Jean Colobos disait: "Persévère dans l'obéissance"

Panorama

Panorama, 02 janvier 2009


di Enzo Bianchi

 

Tu l'as compris: l'obéissance exige une véritable lutte, que l'on est allé parfois jusqu'à comparer au martyre.

Cher Jean,
Le père du désert que je veux te présenter aujourd'hui porte le même nom que toi. On l'appelait Jean le Nain ou, en grec, Jean Colobos, c'est à dire « le court », « le bref », car il était de petite taille. Mais on pourrait également entendre dans un sens spirituel le qualificatif dont il était affublé: la « petitesse » que l'on décrivait chez lui était aussi son humilité, sa modestie, sa capacité d'obéissance. Voici par exemple comment un autre père s'interrogea un jour à son propos dans le désert: « Qui est abba Jean qui, par son humilité, a suspendu tout Scété à son petit doigt? » Il s'agit là sans doute de la meilleure présentation du « grand » Jean le Nain!

Jean avait rejoint la région monastique de Scété vers 356, alors qu'il avait dix-sept ou dix-huit ans. Il était devenu disciple d'un ancien moine, Ammoès, qu'il servit fidèlement durant une vingtaine d'années. C'est à son école qu'il se forma et apprit l'obéissance. On raconte que, lorsque Jean était encore jeune, Ammoès, prenant un bâton de bois sec, le planta dans la terre et dit à son novice: « Chaque jour, arrose-le d'une cruche d'eau, jusqu'à ce qu'il produise du fruit. » Or l'eau était si loin qu'il fallait partir la puiser le soir, à travers le désert, et revenir le lendemain matin. Mais au bout de trois ans d'arrosage, le bois prit vie et produisit du fruit. Alors le vieillard, prenant de ce fruit, le porta à l'église où les frères se réunissaient chaque semaine et leur dit: « Prenez, mangez le fruit de l'obéissance. »

Cet épisode est sans doute le plus fameux de la vie d'abba Jean Colobos. Il a été maintes fois commenté depuis le quatrième siècle: on a souligné combien l'obéissance, qui peut paraître absurde, inhumaine voire « impossible » au premier abord – et qui est, quoi qu'il en soit, toujours pénible pour celui qui s'y astreint – peut porter du fruit, grâce à la persévérance… Les éléments hyperboliques de ce « récit-modèle » te sembleront peut-être un peu excessifs: car qui perdrait son sommeil durant trois ans pour arroser, dans le désert, un bout de bois sec? Mais cette anecdote nous fait en tout cas comprendre une chose: l'obéissance n'est pas une attitude simplement servile et passive; elle exige au contraire une grande force de volonté. En effet, la paresse, le conformisme ou l'individualisme auraient facilement pu amener notre jeune moine à renoncer à son effort. Mais tenant bon, malgré l'apparente humiliation que son obéissance lui infligeait, il découvre (et nous fait découvrir avec lui!) qu'un fruit est donné: celui-ci ne se mesure pas uniquement à la vie qui reprend sur la branche, mais également dans l'attitude libre de celui qui a accepté d'accomplir cet effort jusqu'au bout. Car ce n'est que dans la liberté que l'on peut obéir.
Au siècle dernier, Bonhoeffer a écrit: « L'obéissance sans liberté est esclavage; la liberté sans obéissance est arbitraire. » Jean Colobos, en son temps, l'avait déjà saisi, lui qui – librement – vécut son existence entière dans une profonde obéissance aux autres, une grande humilité et dans l'oubli de soi en Dieu. Cela lui a fait dire: « L'humilité et la crainte de Dieu sont au-dessus de toutes les vertus. » À quoi un autre père du désert fait écho: « L'obéissance répond à l'obéissance. Si quelqu'un obéit à Dieu, Dieu répond à sa demande. »

Tu l'as compris: l'obéissance exige donc une véritable lutte, que l'on est allé parfois jusqu'à comparer au martyre. Mais elle amène aussi à accomplir des prodiges. Pourquoi? Parce que l'homme obéissant se conforme au Christ, qui s'est fait « obéissant jusqu'à la mort » (Ph 2,8) et qui, pour cette raison, a été relevé d'entre les morts et glorifié par Dieu.
Oui, comme l'a dit un père du désert: « L'obéissance est la gloire du chrétien. Celui qui l'a acquise sera exaucé de Dieu!»

 

Ton ami Enzo

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