Il Blog di Enzo Bianchi

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​Fondatore della comunità di Bose

Grégoire de Nysse: « De commencement en commencement… »

02/12/2009 00:00

ENZO BIANCHI

Riviste 2009,

Grégoire de Nysse: « De commencement en commencement… »

Panorama

Panorama, 02 décembre 2009

 

di Enzo Bianchi

 

La vie spirituelle doit être avant tout une vie de conversion en acte; il s’agit de céder sans relâche à la grâce qui nous attire.

Cher Jean,

Dans la vie spirituelle, on ne peut jamais dire qu’on soit arrivé, car il s’agit d’avancer toujours et encore… Voilà une des idées fortes du père de l’Église dont je veux t’entretenir aujourd’hui. Son nom: Grégoire de Nysse; c’était le frère cadet de Basile de Césarée. Né vers 335 en Cappadoce (dans l’actuelle Turquie), il était maître de rhétorique lorsque, en 371, son frère l’ordonna évêque de Nysse, contre son gré. Lui qui n’aspirait qu’à la vie spirituelle et intellectuelle se révéla piètre administrateur, mais joua un rôle de premier ordre au grand concile de Constantinople de 381. Au cours de sa vie, il préféra toutefois se consacrer à sa production littéraire, qui était devenue abondante lorsqu’il mourut vers 395.

Parmi ses nombreux écrits, qui se caractérisent par une pensée pénétrante et une grande profondeur, j’en choisirai un pour toi: les Homélies sur le Cantique des Cantiques. On y trouve cette phrase: dans la vie chrétienne, on va « de commencement en commencement, par des commencements qui n’ont pas de fin ». Grégoire commente là un passage du livre biblique du Cantique des cantiques, qu’il interprète comme le dialogue de Dieu avec la personne croyante.

 

Pour lui, l’homme est un être en devenir, qui ne parvient jamais à la perfection, car il est toujours en proie aux forces négatives, au mal dont il se laisse séduire. La personne doit dès lors toujours à nouveau cheminer vers ce Dieu qui l’appelle, qui représente son désir infini, mais qui ne peut pourtant jamais être rejoint pleinement, si ce n’est dans la mort. Comme l’écrit Grégoire: « La vraie perfection – qu’est Dieu – ne peut jamais être atteinte, elle constitue toujours un mouvement vers le mieux; elle ne peut être contenue par aucune limite ». Et il reprend ailleurs: « La perfection n’a qu’une seule limite: c’est de n’en avoir aucune… »

Ainsi, tu le comprends, un disciple du Christ ne parvient jamais, dans sa vie, à être pleinement chrétien, ni l’Église, dans son pèlerinage vers le Royaume, n’épuise la plénitude de la vie chrétienne. Seul Dieu est en mesure d’achever l’œuvre qu’il a commencée dans le chrétien à travers le baptême (voir Ph 1,6). Oui, la vie chrétienne est un recommencement perpétuel, à travers lequel on cherche à se placer toujours de nouveau à l’écoute de Dieu qui nous parle, et à tout prédisposer continuellement pour mettre en pratique sa volonté!

 

Aucune illusion donc, et aucun idéalisme: la vie spirituelle chrétienne n’est pas une incessante montée vers le haut, elle n’est pas un chemin de perfection et de pureté après un non au péché qu’on aurait prononcé une fois pour toutes au début, au moment du baptême. Non, il nous faut le reconnaître: être chrétien, c’est un incessant retour à Dieu, un art qui consiste à rechercher sans cesse la conformité au Christ, à recourir constamment au calice du Christ qui purifie nos péchés dans son sang. C’est précisément pourquoi Grégoire de Nysse a dit que « celui qui se relève devra toujours de nouveau se relever, et celui qui court vers le Seigneur ne manquera jamais d’espace devant lui pour courir… »

La vie spirituelle, par conséquent, doit être avant tout une vie de conversion en acte; il s’agit de céder sans relâche à la grâce qui nous attire et nous sauve, il s’agit de nous relever continuellement du péché qui nous domine. Pourtant, sois-en certain: cela n’implique aucun désespoir, aucune fatalité. En effet, le Saint-Esprit, qui est en nous, n’est pas seulement notre maître dans cette lutte, mais lui-même lutte en nous, en renouvelant toujours notre personne afin qu’elle puisse être, en dépit de toutes nos contradictions, la demeure de Dieu.Comme le dit Grégore de Nysse: « Notre désir tendu vers Dieu ne saurait être arrêté par aucune satiété. Car c’est là réellement voir Dieu que de ne jamais être rassasié du désir de lui! »

Ton ami Enzo

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