Il Blog di Enzo Bianchi

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​Fondatore della comunità di Bose

Isaac de Ninive: «L’homme peut devenir prière»

02/11/2010 23:00

ENZO BIANCHI

Riviste 2010,

Isaac de Ninive: «L’homme peut devenir prière»

Panorama

Panorama, 03 novembre 2010

 

di Enzo Bianchi

Dans l’espace de la communion et de l'amour, celui qui prie parvient peu à peu à voir, par grâce, toute la réalité avec les yeux de Dieu, affirment les pères syriaques.

Cher Jean,

Pour réfléchir avec toi sur la prière, selon ta demande, je voudrais évoquer un célèbre Père de l’Église syriaque, Isaac de Ninive, dont l’enseignement sur ce sujet est richissime. Isaac est né dans la première moitié du VIIe siècle, sur les rives du Golfe Persique, dans l’actuel Qatar. Alors qu’il menait la vie monastique, il fut appelé pour devenir évêque de Ninive (dans l’actuel Irak). Mais il occupa cette charge durant un temps extrêmement bref : il la résilia en effet à peine six mois après son installation, « pour des motifs connus de Dieu seul », suivant un ancien document. Il se retira alors parmi des ermites, avant de rejoindre le monastère de Rabban Shabur, où il mourra à un âge avancé, aveugle « à cause de sa longue fréquentation des Écritures ».

Dans ses écrits, Isaac de Ninive expose longuement sa compréhension de la prière. S’adressant en premier lieu à des moines qui vivent en solitude, il insiste pour qu’ils s’occupent essentiellement à la lecture de l’Écriture, de laquelle toute prière doit naître. Celle-ci leur donnera « une connaissance lumineuse du dessein de Dieu et de sa miséricorde extrême envers eux ». Celui qui prie s’approchera ainsi toujours davantage de Dieu, jusqu’à se trouver uni, voire « mélangé » à lui par un don gratuit de l’Esprit saint. Car c’est au plus profond de nous-mêmes que la prière devra nous introduire, dans notre cœur, qui constitue « la porte donnant sur le Royaume à venir ». Alors on pourra aller jusqu’à « devenir prière », comme le décrit Isaac :

« Lorsque l’Esprit demeure dans un homme, il ne le quitte pas dès lors que cet homme est devenu prière. Car l’Esprit lui-même ne cesse de prier en lui. Que cet homme dorme ou qu’il veille, la prière désormais ne s’en va pas de son âme. Qu’il mange, qu’il boive, qu’il dorme, quoi qu’il fasse, et jusque dans le sommeil profond, la prière s’élève sans peine dans son cœur. Elle ne le quitte plus. Mais à tous les moments de sa vie, quand bien même elle paraîtrait cesser, elle est elle-même toujours secrètement à l’œuvre en lui. »

 

Oui, l’écoute de la Parole de Dieu contenue dans l’Écriture ne peut que révéler en nous une Présence, la présence du Dieu vivant, plus intime que nous ne pouvons l’être à nous-mêmes. La prière nous amène ainsi à découvrir notre vérité la plus profonde : Dieu est présent en nous, non comme le résultat de notre recherche, ni comme l’aboutissement de notre désir – car sa présence nous précède, elle est antérieure à notre effort pour lui être attentifs –, mais comme un don par lequel Dieu lui-même se livre à nous à travers sa Parole.

Dans l’espace de cette communion et de cet amour, celui qui prie parvient peu à peu à voir, par grâce, toute la réalité avec les yeux de Dieu. À ce propos, Isaac de Ninive écrit :

« Qu’est-ce qu’un cœur compatissant ? C’est un cœur qui brûle pour toute la création, pour les hommes, pour les oiseaux, pour les bêtes, pour les démons et pour toute créature. Si forte et si violente est sa compassion, et si grande est sa constance, que son cœur se serre, qu’il ne peut supporter d’entendre ou de voir le moindre mal ou la moindre tristesse au sein de la création. C’est pourquoi il prie en larmes à toute heure pour les animaux sans raison, pour les ennemis de la vérité et pour ceux qui lui nuisent, afin qu’ils soient gardé, et qu’ils soient pardonnés, dans l’immense compassion qui se lève en son cœur, sans mesure, à l’image de Dieu. »

Si la prière découle de l’écoute de Dieu, si elle s’ouvre à sa Présence et devient pleine communion avec lui, alors son fruit est l’amour pour Dieu, une grande miséricorde pour tous les hommes, une profonde compassion pour la création tout entière. La prière tend ainsi à se faire vie, elle irrigue toute l’existence du croyant, qui peut alors se mettre à chanter avec le psalmiste : « Je suis prière » (Ps 109,4).

Ton ami Enzo

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