Il Blog di Enzo Bianchi

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​Fondatore della comunità di Bose

Guigues le Chartreux: «Lis, médite, prie et contemple!»

03/11/2011 00:00

ENZO BIANCHI

Riviste 2011,

Guigues le Chartreux: «Lis, médite, prie et contemple!»

Panorama

Panorama, 03 novembre 2011

 

di Enzo Bianchi

À l’instar de ce qui se produisait pour les moines médiévaux comme Guigues, ta prière sera pleinement intégrée à ta vie et la Parole méditée animera tes propres paroles.

Cher Jean,

Le XIIe siècle constitue une sorte d’apogée dans l’histoire du monachisme : bien des figures d’envergure y ont émergé, qui continuent d’inspirer les chrétiens d’aujourd’hui. Je t’ai déjà écrit pour te présenter le témoignage de Bernard de Clairvaux et Guillaume de Saint-Thierry ; je voudrais maintenant t’inviter à te mettre à l’écoute d’un autre moine de la fin de ce même siècle : Guigues II le Chartreux.

De lui, on ne sait que peu de choses, si ce n’est qu’il vivait comme moine de la Grande Chartreuse dans la seconde moitié du XIIe siècle. Le style de vie retiré, cet amour du silence qui caractérise la spiritualité cartusienne, explique en grande partie la discrétion qui entoure les données dont nous disposons sur Guigues, lequel fut pourtant prieur de Chartreuse entre 1173 et 1180, et doit être mort vers 1188. Pour la précision, on le désigne souvent sous le nom de Guigues II, pour le distinguer de son homonyme Guigues Ier, prieur de la Grande Chartreuse une bonne cinquantaine d’années avant lui, qui avait codifié dans ses écrits la vie cartusienne et rédigé de célèbres Méditations.

Guigues II a lui aussi laissé quelques brefs écrits : des textes sur la prière, reflets de la prière même de son auteur et fin témoignage sur le cœur de la vie du moine au Moyen Âge. Parmi ces textes, on trouve en particulier une lettre à un certain frère Gervais sur la vie contemplative (dans le style, toutes proportions gardées, de celles que tu me demandes depuis plusieurs années de t’écrire régulièrement !) : cette lettre, intitulée aussi L’échelle des moines, a continuellement été recopiée et rééditée, restant durant huit siècles un classique de la spiritualité monastique. Guigues y présente quatre degrés pour avancer dans l’intimité avec Dieu, une échelle permettant d’accéder au ciel – comme celle de Jacob (voir Gn 28,12) –, dont l’énoncé s’ancre dans sa propre expérience :

« Un jour, pendant le travail manuel, je commençai à penser à la quête spirituelle de l’homme, et soudain s’offrirent à ma réflexion quatre degrés : la lecture, la méditation, la prière, la contemplation. La lecture est l’étude attentive des Écritures, faite par un esprit appliqué. La méditation est une opération de l’intelligence, procédant à la connaissance studieuse d’une vérité cachée. La prière est une adhésion religieuse du cœur à Dieu pour éloigner des maux ou obtenir des biens. La contemplation est une certaine élévation en Dieu de l’âme attirée au-dessus d’elle-même et savourant les joies de la douceur éternelle. »

Dans cet itinéraire de vie spirituelle, Guigues invite donc essentiellement son correspondant à « prier la Parole », à travers les étapes de ce que nous sommes convenus d’appeler la lectio divina. Attention toutefois, le schéma qu’offre le prieur de Chartreuse ne fournit pas une recette, mais l’indication d’un chemin, à visée pédagogique, que l’on n’aura certes pas à suivre de manière mécanique. Dans la pratique en effet, bien souvent la méditation devient prière et contemplation sans même qu’on s’en aperçoive, car il n’y a pas de frontière précise ni de déroulement chronologique absolu entre ces divers éléments : plus que d’une technique, il s’agit bien d’un art !

Si tu parviendras peu à peu à vivre cette rencontre avec le Seigneur à travers la Parole qu’il t’adresse, ta prière ne sera plus un moment de rupture, difficilement conquis et toujours distrait par les mille préoccupations de tes journées, mais ta vie elle-même sera entièrement irriguée par la prière de la Parole. Oui, à l’instar de ce qui se produisait pour les moines médiévaux comme Guigues, ta prière sera pleinement intégrée à ta vie et la Parole méditée animera tes propres paroles et chacune de tes actions.

Pour terminer ma lettre par les mots de Guigues, je veux encore te dire : mon cher Jean, « s’il t’est donné un jour de parvenir au faîte de l’échelle, dans ton bonheur, prie pour moi ! »

Ton ami Enzo

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